Quand j’étais petite, j’habitais à la campagne.
Même si on s’y ennuie parfois, j’y ai surtout beaucoup de bons souvenirs, et quelques chagrins qui semblaient à l’époque insurmontables.
Quand j’étais petite, j’aimais beaucoup aller à l’école. Oui, ça peut sembler bizarre, mais moi j’aimais beaucoup l’école, j’étais la première de la classe. Mais sans le faire exprès hein, c’était juste facile. J’y retrouvais mes copines, on pouvait imaginer plein de jeux dans la cour, comme le cheval magique avec une maison à l’intérieur. On a parfois des idées loufoques quand on est petit. Les garçons, par contre, ils étaient un peu bêtes. Un jour, Adeline m’a demandé quel garçon j’aimais bien, j’ai répondu Olivier, parce qu’il était gentil et on prenait le car ensemble. Elle a été dire à tout le monde que c’était mon amoureux, alors que c’était même pas vrai ! Alors je n’ai plus du tout aimé Olivier, et elle c’était plus vraiment ma copine, elle était coupable de haute trahison. Après ça, j’ai attendu bien longtemps avant de faire à nouveau confiance à une fille, et avant de dire à nouveau que j’aimais un garçon. On ne m’y reprendrait plus, non mais.
Et puis quand je m’ennuyais ou que j’étais triste, je lisais beaucoup, jusqu’à en oublier mon chagrin. J’allais souvent à la bibliothèque avec ma maman et ce que je préférais, c’était les histoires de Tom-Tom et Nana et les romans de la bibliothèque rose. Mais bon c’était très vite lu, alors après je lisais tout ce que je trouvais chez mes parents, comme « Au bonheur des dames », de Zola, ou « La bicyclette bleue », de Régine Deforges.
Ça a beaucoup impressionné la petite fille que j’étais.
Quand j’étais petite, c’était chouette, parce que j’habitais juste à côté de chez mon papy et ma mamie. Quand mes parents n’étaient pas là, en rentrant de l’école, je pouvais y aller à pied. J’y allais toujours en courant très vite, pour que le chemin paraisse moins long (il devait bien y avoir 100 mètres). Un soir en rentrant, j’ai trouvé mon papa là-bas et il m’a dit « tu as une petite sœur » ! J’étais tellement contente que j’ai fait des pirouettes par terre. Je savais que maman attendait un bébé et moi je voulais une sœur pour pouvoir jouer avec elle.
C’était trop chouette, mon vœu était exaucé.
Quand j’étais petite, c’était chouette surtout le mercredi, parce qu’on se retrouvait chez ma mamie avec mes deux cousins et mon frère. Elle nous faisait à manger de bonnes crêpes pour le goûter. On jouait beaucoup aussi. Quel souvenir que ces parties de Monopoly interminables, avec en fond sonore les 45 tours de Boney M et de Village People en boucle. On avait toujours plein d’idées pour s’occuper. On jouait aussi à la chasse au trésor, on demandait à mamie des bonbons pour le trésor, et elle était toujours d’accord. Un jour on est aussi allé dans le poulailler du voisin, pour faire des courses de poussin, en faisant des circuits de paille. Mon cousin s’est fait gronder par son père mais pas moi, ça sert parfois d’avoir une auréole d’enfant sage au-dessus de la tête.
N’empêche qu’on a bien rigolé.
Et puis un jour, quand j’étais un peu moins petite, maman m’a dit que je pouvais me passer de doudou parce que j’étais grande, alors j’ai bien voulu, c’était pendant les grandes vacances. Peu de temps après, mon papa a décroché le téléphone, il faisait une drôle de tête et il nous a appris que mon papy était mort. Alors maman a bien voulu que je reprenne mon doudou, parce que j’avais besoin de réconfort. Moi je ne me rendais pas vraiment compte, mais je savais que c’était grave, parce que j’ai vu mon grand cousin pleurer, et que ça n’arrivait jamais d’habitude.
Et ça m’a rendue triste.
Quand j’étais encore moins petite, je suis allée au collège, et j’aimais beaucoup avoir des nouveaux copains et copines. Je n’étais plus obligée de parler aux coupables de haute trahison. Ceci dit j’étais aussi très contente d’en partir, le collège, on en fait vite le tour et il faut reconnaître que c’est un âge ingrat. Alors que le lycée, la ville, ce nouveau vent de liberté, les manifestations, les films le soir…
Quand j’étais moins petite, j’ai apprécié de devenir grande.
Avec le recul je suis très contente de cette enfance somme toute très insouciante, qui m’a permis de devenir la grande que je suis. A présent que je suis maman à mon tour, songer que ma fille va nécessairement passer par ces petits bonheurs, désillusions, viles mesquineries… me fait trembler.
Publié à l’origine sur www.voldemag.fr